Gypseries

S'il est bien une spécialité dans la plâtrerie que notre entreprise affectionne le plus, c'est bien la gypserie, parce que c'est une spécialité liée à l'ornementation.
Car la mise en œuvre du plâtre et la maîtrise des techniques de mouluration, de modelage et même de sculpture sur chantier ("in situ") est véritablement une œuvre qui se réalise avec plaisir, avec passion.

L'exemple de mouluration dont le mode opératoire est énoncé ci-dessous est modeste ; il a le mérite de présenter une technique simple... une technique de base.
La valorisation de cette petite alcôve prise en exemple est apportée par l'ornementation de son ouverture.
Cette ornementation se matérialise par le tracé de l'ouverture elle-même et par une moulure plus au moins complexe.



Exemple d'une baie moulurée à feston



Il faut tout d'abord confectionner le profil de l'ouverture. Ce profil est réalisé dans une planche de contreplaqué : deux pannaux découpés suivant le tracé désiré.
Préalablement huilés, les panneaux profilés sont maintenus de chaque côté de la cloison. Quelques canons de briques sont cassés, ouverts, pour assurer la pénétration du plâtre.
Le remplissage du "coffrage" se réalise par bourrage avec un plâtre pâteux.
L'excédant de matière se coupe avec le fil d'une truelle ou d'une berthelet.
Lorsque le plâtre est pris, on dépose les panneaux.

L'enduit est réalisé sur toute la cloison. Ici, c'est un enduit de sable fin et de chaux naturelle lissée à la truelle.

Après prise et séchage complet, 15 à 21 jours selon la saison. Nous traçons l'emprise de la moulure et nous piquons cet enduit pour assurer la liaison avec le plâtre.

Le plâtre est de consistance pâteuse afin de pouvoir être appliqué sur le support.
Un calibre est façonné selon le tracé de la moulure. Le plus souvent celui-ci se réalise dans une feuille de zinc fixée sur un support quelconque.

Ici, nous avons réalisé ce calibre dans un morceaux de contreplaqué. Les chants destinés à glisser sur les subjectiles sont renforcés avec du métal pour éviter l'usure prématurée.

La masse de plâtre déposée est ensuite trainée au calibre, on nomme cette opération : le tirage.

Après plusieurs passages, on peut passer une dernière couche de finition à la fleur de plâtre.

Le tracé de la baie oblige la moulure à contenir des coupes d'onglet. Pour réaliser ces coupes il faut procéder en deux étapes :
  • La 1ère phase consiste à tirer la moulure sur un support provisoire. Cette étape emprunte un peu le mode opératoire du staff dont le principe fondamentale est une préparation en atelier (sur table) des éléments de décoration en vu de les fixer (coller) dans un second temps.

  • Après séchage complet de la portion de moulure, celle-ci est coupée, puis fixée au support.

Lire la suite

Auvent sur piliers en pierre

Quoi de plus banal qu'un appentis... et pourtant on peut réellement se faire plaisir. En voici la preuve !
Prenons une cour située à Quissac (juin 2007)...

Observons l'identité architecturale du bâti existant, les matériaux utilisés, les modèles.
Ici la pierre tendre (de Pondre très certainement) est de mise pour les encadrements. Les piliers de l'ancien portail sont faits de cette même "pierre du sud".
Les maçonneries de pierre et de chaux des bâtiments principaux sont revêtues d'un vieil enduit avec finition projetée. Par contre les annexes et petits bâtiments attenants nous montrent leur structure et la pierre est à vue.
Les couvertures sont de tuiles rondes anciennes et les pentes sont relativement importantes, de 25 à 30 %.
Enfin, s'il y a une modénature, on la trouve dans le couronnement du portail. Elle se matérialise dans les chapiteaux et dans le couronnement en doucine du mur de clôture (photo ci-dessous).

Le programme : Le auvent, un simple appentis, s'établit sur un mur goutterau et deux piliers ; il se rattache au bâtiment principal. Le goutterau aveugle, puisqu'en limite séparative, ferme la parcelle concernée pour offrir protection au vent, au soleil et "aux vis à vis". La pente du toit dirigée vers le séparatif, ouvre un large volume vers la parcelle pour récupérer lumière et "générosité".

Sur les fondations depuis longtemps coulées, le mur gouttereau est l'occasion de montrer la pierre. La tête de mur en pierre de Castries (pierre de substitution à celle Pondre qui ne s'extrayait plus en 2007) rappelle la structure des piliers du portail de la cour.
Une base de faible empattement marque l'assise de l'ouvrage et apporte esthétiquement une certaine "stabilité".
L'autre parement du mur, destiné à être enduit, est en aggloméré de ciment. Cela permet de gagner en temps et en énergie.

Les piliers s'élèvent simultanément et reproduisent le schéma de la tête de mur.

Les premiers blocs que nous taillons sont les corbeaux qui vont soutenir certains éléments de la charpente. Leur tracé reprend la forme d'une doucine dont te tracé s'inspire du modèle (mur de clôture).

Rapidement mis en œuvre, les corbeaux sont vite surmontés d'autre éléments. Le couronnement des piliers se fait avec un tailloir, son profil reproduit ceux des filets et du boudin qui couronnaient les chapiteaux du portail.

Le lot maçonnerie est maintenant pratiquement livré et l'ouvrage est dans l'attente de la charpente.

Ce sont les établissements Lodor à Quissac qui approvisionnent le chantier. Le camion grue est sollicité pour le levage des grosses pièces : des bois ronds équarris. Les chevrons et voliges sont stockés sur le côté.
On peut noter qu'il n'y a pas de charpente assemblée, n'en déplaise aux charpentiers. Cette charpente procède par empilement selon un "art propre aux maçons".
En effet, les pièces rondes horizontales ne sont pas des entraits mais des linteaux car ils reçoivent les charges de la toiture transmises par la panne intermédiaire.

Ensuite vient la pose du voligeage, avec mise en place d'un châssis de toiture pour apporter de la lumière sur l'imposte de la porte d'entrée qui devient "second jour".


Et l'exécution de l'enduit sur le parement en aggloméré de béton. La couche de finition à base de chaux et de sable coloré clair est lissée "truelle".

La couverture réalisée avec des tuiles rondes, anciennes pour celles de couvert, termine agréablement l'ouvrage et réussi son intégration.
Une double rive permet de protéger les abouts de voliges qui posées en dépassement assurent la protection des grosses pièces du dessous.
Outre le solin en plomb, réalisé sur mesure, un ouvrage métallique est à remarquer : La gouttière havraise récupère les eaux de pluie avant qu'elles se déversent sur le fond voisin et évite les sujétions de réalisation d'un chéneau encaissé.

Lire la suite

Feston d'arcature avec voussoirs engagés

La confection d'un arc en pierre froide se fait ordinairement à l'aide d'un cintre en bois de bonne conception et d'une solidité propre à résister à une charge importante.
Dans la photo ci-dessus (chantier de restitution d'une chapelle romane à Logrian-Florian en mai 1997), la charge de l'arc est approximativement de deux tonnes. Cette charge se répartie bien évidemment sur les piédroits, mais au fur et à mesure que la courbe se construit et tant que la clef n'est pas mise en œuvre, la pression qui s'exerce sur le cintre peut atteindre une tonne.

Il arrive que l'emploi de cintres en bois soit rendu délicat et compliqué par la contexture d'un existant particulier.
C'est notamment le cas d'une l'arcature qui enjambe une maçonnerie irrégulière et sinueuse.
Aussi étonnant que cela puisse paraître le matériau le mieux adapté est le polystyrène expansé.
Nous remarquons plus haut alors que l'ouvrage est livré dans son ensemble et que l'échafaudage le masquant à été déposé, des cintres pleins en polystyrène rangés dans le porche.

Nous allons voir comment cet usage est rendu possible.

On peut se demander, effectivement, comment de simples morceaux de polystyrène peuvent retenir la charge importante que représentent les claveaux de pierre froide.
En réalité, la résistance à la compression de ce matériau est relativement importante pour peut que l'on répartisse les charges.

De plus, l'astuce consiste à conserver les tympans. C'est-à-dire que la démolition de la maçonnerie pour constituer la réserve ne doit concerner que l'emprise de l'arcature.
Car c'est le mur "tympan" qui reprendra les charges pendant la mise en œuvre de l'arc.

Il faut pour cela mettre en œuvre de long claveaux dont les queux sont bien engagées dans la maçonnerie existante autrement dit sur les tympans.
Toutefois, dans le cas d'un encorbellement très important comme le montre la photo ci-dessus, un claveau de faible profondeur peut être porté par la structure provisoire. Il faut comprendre que les cintres en polystyrènes sont bien bloqués par les retombés d'arcature. De plus un chevronnage donne une base solide au éléments légers.

Ce qui saute aux yeux, ici, c'est la grande facilité, la praticité du dispositif. En effet, le plan de l'arcature est en queue de billard ; qu'importe, il suffit de disposer en éventail les différents éléments de polystyrène.
Et je ne parle même pas de la facilité de découpe des panneaux (pas de commande, pas de délais de fabrication), de leur facilité de mise en œuvre (légèreté).

Cet ensemble composé d'un porche et d'une arcature sur corbeaux est un ouvrage neuf établi contre et sur un vieux mur à rupture et à plan sinueux. Il représente le fondement d'une façade gouttereau d'une chapelle romane figurant dans les références de l'entreprise.
L'arc en plein cintre (ou presque) a pris la place d'un mur aveugle, son tracé suit celui de la voûte en berceau de l'ancienne salle en créant une retombée. Il constitue l'entrée d'un porche menant à la crypte. Le feston d'arcature est "l'artifice" le plus élégant sinon le plus Roman qui a permis de racheter le plan irrégulier et sinueux du vieux mur et il compose un encorbellement d'une remarquable "légèreté".

Enfin, l'arcature et l'arc ont été réalisés à partir de pierres "tout venant" (pierre des champs) soigneusement choisies et taillées par l'équipe ; et hourdées au mortier de chaux naturelle.
L'équipe étant constituée de trois personnes, les trois corbeaux massifs ont reçu la signature de chaque compagnon.

Lire la suite

Ouverture d'une baie en sous œuvre


Le programme concerne la réhabilitation d'une ancienne maison dans le cœur du village de Corconne en mai 2007.
La maîtrise d'œuvre est assurée par Ludovic PHILIPPON, architecte à Quissac, qui me donne l'aimable permission de reproduire ici le plan d'élévation d'une des façades dont un élément va nous intéresser ici.
Il s'agit de l'ouverture en sous œuvre d'une fenêtre hémi circulaire en rez-de-chaussée.
La difficulté réside dans la grande largeur de la baie dans un massif qui reçoit des charges importantes.
Le tracé de l'ouverture est guidé par les impératifs de la structure intérieure : une voûte d'arêtes.

Pour réaliser l'ouvrage dans cette maçonnerie de pierre et de chaux, il nous faut procéder par étapes. Car cette partie en soubassement a été longtemps érodée par les rejaillissements des eaux de toiture et contrainte sous les charges importantes de la façade ; elle se présente à nous comme relativement "fatiguée".
La première étape consiste donc à démolir le parement extérieur en prenant soin de conserver le parement intérieur, la fourrure et les encorbellements nécessaire à la création d'un arc de décharge naturel.
Le cintre en bois provisoire est placé dans le "trou" dont les dimensions se sont agrandies pour constituer la réserve.

Déjà, les briques prennent leur position rayonnante sur le cintre, elles sont graissées préalablement avec un mortier gras de chaux naturelle. Au premier plan, les briques anciennes (de récupération) sont empilées.

Celui-ci, prépare en effet le matériau par trempage et ressuyage pour éviter la dessiccation du mortier.
Le hourdage des briques est relativement rapide et les deux compères s'activent en concert pour livrer l'arc et l'appareil en pierre de reprise afin de lier l'ouvrage "frais" au corps existant.

L'arc prend forme...

... et la maçonnerie se referme.


Après 3 jours de "séchage", Thierry peut retirer le cintre provisoire.

S'il faut pratiquement deux mois avant que le mortier de chaux ne soit complètement sec, "pris" ; le décoffrage de notre ouvrage peut, cependant, être effectué pour les raisons suivantes :
  • La prise hydraulique qui représente 20% de la prise totale (hydraulique + aérienne) est suffisante après ces trois jours pour permettre la bonne cohésion du mortier et supporter la compression (charge de compression engendrée par l'arc = poussée) ;
  • Le clavement des briques est d'ores et déjà assuré par la pose des derniers éléments (clef) ;
  • Le vide maintenu au-dessus de l'ouvrage évite le report des charges du mur (ce report est toutefois empirique du fait de l'existence de l'arc de décharge naturel).
Après avoir rempli le vide au-dessus de l'arc en prenant soin de bien reprendre les charges du parement intérieur par l'insertion de boutisses, nous peuvons démolir le parement intérieur...


C'est chose faite.

A l'intérieur, il faut épouser au maximum la génératrice de la voûte.
Sur la photo ci-contre, on peut remarquer que le programme est en bonne voie.
Le rétablissement du parement intérieur va prendre forme dans la création d'un arc ébrasé qui permettra de créer une retombée d'environ 30 cm.

Notons que les pierres du parement intérieur comme "suspendues" au-dessus du vide, sont en réalité maintenues grâce :
  • aux boutisses mises en œuvre,
  • à la présence de la voûte qui empêche le déchaussement vers l'avant.
Pour réaliser l'arc ébrasé, un autre coffrage est réalisé.

Celui-ci est posé rapidement ; puis calé, il reçoit un autre "rouleau" de briques. La maçonnerie en pierre et chaux termine la restitution du parement de mur intérieur.

La baie hémi circulaire est libérée de son cintre provisoire. Le mur a retrouvé sa complétude et les charges sont maintenant déviées vers les côtés.

Il ne reste plus qu'à exécuter l'appui de fenêtre à l'extérieur et un ébrasement intérieur pour augmenter la pénétration de la lumière.
L'appui est réalisé avec un béton de ciment à la demande du maitre d'ouvrage. C'est une forme d'arase, exécutée sur la maçonnerie de pierre et chaux, réalisée avec un glacis pour faciliter le ruissellement des eaux pluviales vers l'extérieur.

Lire la suite